Un COMEX qui hésite, des décisions qui reviennent en boucle, des managers qui ne savent plus qui tranche. Face à ces dérives classiques des équipes de direction, la méthode DAI apporte une réponse structurée. Utilisée chez Johnson & Johnson, déployée dans de nombreuses entreprises pharmaceutiques, elle clarifie les rôles et accélère les arbitrages.
Le problème : personne ne sait vraiment qui décide
Observez un COMEX réel pendant une heure. Vous verrez presque toujours les mêmes dérives. Des débats qui ne ferment pas. Des décisions qui semblent prises mais personne ne sait par qui. Des managers qui croient conseiller alors qu'ils imposent. Des collaborateurs qui reçoivent l'information avec plusieurs jours de retard, et de manière déformée.
Le coût est massif. Ralentissement des cycles de décision, fatigue des équipes dirigeantes, perte de crédibilité auprès du terrain. Et surtout, un climat où l'ambiguïté devient la norme.
Dans la plupart des COMEX, personne n'est clairement D, beaucoup se sentent A mais conseillent mal, et les I sont ignorés. Observation terrain, mission DAI chez un groupe pharmaceutique international
Qu'est-ce que la méthode DAI
DAI est un acronyme simple : Decide, Advise, Inform. Trois rôles, trois postures, trois responsabilités distinctes, pour chaque décision importante d'une organisation.
Le Décideur (D)
C'est la personne qui tranche. Une seule personne par décision. Pas deux, pas trois. Le D écoute les avis, intègre les informations, et prend la décision. Il assume, il communique, il porte.
Les Conseillers (A pour Advise)
Ce sont les personnes consultées avant la décision. Leur rôle n'est pas de décider à la place du D, mais d'éclairer sa décision avec leur expertise. Un bon A donne un avis court, factuel, orienté risques. Il ne cherche pas à influencer, il informe pour permettre de trancher.
Les Informés (I pour Inform)
Ce sont les personnes qui doivent être mises au courant une fois la décision prise. Pas avant. Pas pendant. Après. Leur rôle est d'exécuter ou d'adapter leur propre travail à la décision prise. Une communication I réussie tient en 10 lignes maximum, claire, sans ambiguïté.
La règle d'or du DAI
Pour chaque décision importante, une seule personne est D. Le reste des parties prenantes est soit A, soit I. Mélanger les rôles, c'est introduire la confusion qui ronge tant de COMEX.
Les erreurs classiques sans DAI
Nous les observons dans presque toutes les équipes dirigeantes que nous accompagnons. Voici les 5 plus courantes :
- Le D invisible : une réunion se termine sans que personne ne sache qui a tranché, ni même si une décision a été prise
- Le A envahissant : un conseiller qui transforme son avis en injonction, et qui se comporte comme un D déguisé
- Le faux consensus : le groupe fait semblant d'être d'accord pour sortir de la réunion, mais chacun repart avec une version différente
- Le I négligé : la décision est prise, mais personne ne pense à informer correctement les équipes terrain. Elles apprennent la nouvelle par d'autres canaux, déformée
- La décision qui revient : faute de clarté sur qui a tranché, la décision est réouverte à chaque réunion suivante
Comment déployer DAI dans un COMEX
Le déploiement de DAI ne se fait pas par décret. Il se construit en trois temps, sur plusieurs mois.
Phase 1 : le diagnostic
Nous observons les réunions réelles du COMEX pendant 2 à 3 semaines. Nous analysons les prises de décision, nous cartographions les rôles effectifs versus les rôles supposés. Nous identifions les zones de confusion.
Phase 2 : la formation et la simulation
Les membres du COMEX sont formés à la méthode DAI à travers des ateliers et des simulations immersives. Nous leur faisons vivre des scénarios où les rôles sont explicites, puis des scénarios où ils sont ambigus, pour faire ressentir la différence.
Phase 3 : l'ancrage terrain
Les équipes commencent à utiliser DAI dans leurs réunions réelles. Un coach observe, débriefe, ajuste. Peu à peu, le vocabulaire DAI s'installe. Les managers commencent à dire spontanément "Je suis A sur ce sujet, mais le D c'est toi."
Les résultats observés
Sur les missions que nous avons menées, notamment dans le cadre du déploiement DAI pour un groupe pharmaceutique international, les impacts se mesurent sur trois dimensions.
- Vitesse de décision : réduction significative du temps entre le moment où un sujet est posé et le moment où une décision est tranchée
- Qualité d'exécution : les équipes terrain reçoivent des décisions claires, ils arrivent à les traduire en actions sans ambiguïté
- Responsabilisation : les managers assument davantage leurs décisions, parce qu'ils ont clairement endossé le rôle de D
DAI, une colonne vertébrale pour les équipes dirigeantes
DAI n'est pas une simple méthode de réunion. C'est une colonne vertébrale décisionnelle. Elle structure la manière dont une organisation tranche, conseille, informe. Elle réduit l'énergie perdue dans l'ambiguïté et la ré-ouverture permanente des sujets.
Pour un COMEX qui veut passer à la vitesse supérieure, DAI offre une grille simple mais puissante. Et surtout, elle se prête à l'entraînement. Ce qui la rend durable.
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